Il y a plusieurs leçons à retenir de ce qui devrait être le dernier tour de scrutin d’une année 2012 particulièrement riche en dimanches électoraux (ce qui peut expliquer une partie de l’abstention « anormale » dont continue de souffrir notre département).
La première est simple et normale: la volonté de changement, réelle dans notre pays, s’appliquera à l’Eure. La majorité parlementaire a rejoint la majorité présidentielle. Le Président de la République et son gouvernement, mené par Jean-Marc Ayrault, disposent, autour du Parti socialiste, d’une majorité absolue au Palais Bourbon. Elle leur permettra de travailler efficacement et rapidement puisque la Gauche est également majoritaire au Palais du Luxembourg (avec là encore une anomalie euroise – à corriger – puisque l’UMP « possède » trois sénateurs sur trois dans un département qui aux régionales, aux cantonales, dans la plupart des scrutins municipaux, fait pourtant confiance à la Gauche). C’est un travail de cinq années qui s’ouvre pour appliquer les 60 propositions de François Hollande. Il faut remercier les électeurs de leur confiance et du message évident qu’ils ont adressé dans les urnes. Il faut aussi saluer les militants socialistes qui, dans l’Eure, ont contribué activement à un résultat bien meilleur que ceux que le Parti Socialiste avait, dans un passé récent, connus lors de semblables échéances. C’est un effet du désistement républicain que « verts » et Front de Gauche ont, partout, mis en œuvre. Je veux les en remercier.
La seconde est encore plus claire. Le nombre des députés de Gauche eurois, ce soir, a doublé. L’intensité de la campagne des socialistes a payé dans notre département. De meetings réussis en réunions multipliées, la Gauche gagne un siège avec la victoire formidable et méritée de Jean Louis Destans dans la deuxième circonscription de l’Eure. Son succès s’est construit sur un pilier : son bilan à la Présidence du Conseil général depuis 2001. A ce poste, il a permis au territoire de retrouver fierté, projets et identité. Le nouveau parlementaire s’est construit sur un parcours fait de ténacité et de courage. Rien ne lui a été donné. Tout ce qu’il a gagné, il l’a gagné sur la droite. Minoritaire à Pont-Audemer avant de l’emporter avec panache, minoritaire au Conseil général avant de l’emporter avec force, en échec aux législatives avant de l’emporter avec éclat, peu auraient eu ce souffle et cette pugnacité. Jean Louis Destans l’a emporté, sur une droite sans idée, sans pudeur, sans valeur, mais pas par défaut, loin s’en faut. Au contraire ce sont ses qualités personnelles, diplomatie, lucidité, intelligence qui l’ont conduit au palais Bourbon. Elles feront de lui un député d’exception. Il l’a également emporté grâce à la confiance et la mobilisation de son parti, situation strictement inverse de celle que subissait son rival abandonné par les siens. Jean-Pierre Nicolas, à 70 ans passés, n’était pas en mesure d’offrir un projet nouveau à une circonscription en train de s’endormir. Il gérait son mandat en cantonnier. Jean Louis Destans le conduira en visionnaire. Ce soir, François Loncle, brillamment réélu dans la quatrième circonscription, ne sera donc plus « seul » sur les bancs de l’Assemblée nationale. Il s’en réjouit et nous nous en félicitons. Notre département sera deux fois plus fort, deux fois plus entendu.
Troisième certitude, nos candidats dans la première et la troisième circonscriptions ont rempli plus que leurs objectifs. Un bon report de voix des électeurs du Front national place Bruno Le Maire, malgré ses déclarations/dénégations, devant Michel Champredon. Mais les excellents résultats de ce dernier sur Evreux, où il est en tête dans les deux tiers des bureaux de vote, témoignent de la réussite à l’Hôtel de Ville de cet élu solide et solidaire, de ce travailleur infatigable au service des Ebroïciens et des Eurois. Michel Champredon est conforté dans son fief. Il a démontré son enracinement. Bruno Le Maire voulait défier Michel Champredon sur sa ville et avait promis qu’il la lui prendrait s’il osait se présenter aux législatives contre lui. Pari raté. Il s’y est frotté. Il s’y est piqué. Si Hervé Morin, dans la troisième circonscription, est réélu, le couperet est passé bien près. Mélanie Mammeri réalise, pour une première campagne, un score exceptionnel qui a fait trembler son adversaire sans doute plus sûr de lui à Omaha Beach. La candidate socialiste aura manqué de quelques jours tout au plus pour achever de convaincre les électeurs du manque de travail et du dilettantisme d’Hervé Morin, parfaitement inutile lorsqu’il s’agit d’empêcher qu’une usine ou qu’une école ferme. Il doit, lui aussi, sa victoire au Front national qu’il n’a absolument pas combattu, mais au contraire discrètement sollicité. Le bilan de l’UMP dans l’Eure n’est donc pas reluisant. Cette formation conservatrice aura perdu en dix ans le conseil général, les conseils municipaux des grandes villes, sa majorité de liste aux régionales et connu un score historiquement bas à l’élection présidentielle. Ce dimanche, elle perd un siège de parlementaire.
Enfin, dernière constatation, dans la cinquième circonscription de l’Eure où il faut avouer que les socialistes ont bêtement raté un rendez-vous et une victoire, un autre combat commence : celui de l’opposition déterminée à la droite extrême représentée par M. Gilard dont les idées sont identiques à celles du Front national. La fédération de l’Eure du Parti socialiste entend favoriser dans chacune des confrontations à venir l’union de la Gauche et mobiliser ses militants au service de ses valeurs, sans considération des intérêts personnels de tel ou de tel. C’est un combat qui se déroulera lors des prochaines municipales, au cours des scrutins cantonaux et régionaux qui s’annoncent. Il faudra appliquer les recettes qui nous ont fait gagner plutôt que les travers qui nous ont fait perdre. Avec les militants de plus en plus nombreux qui s’inscrivent dans cette dynamique, c’est le sens de mon travail dans les mois qui viennent.
Marc-Antoine JAMET
Premier secrétaire fédéral de l’Eure du parti socialiste














